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Indonesie

Vendredi 18 juillet 2008



Dans le Foker 50 a helices qui ramene La Vish et Gros pouce a Denpasar, nous survolons les iles indonesiennes les unes apres les autres, comme autant de perles de beaute qu'Allah, Vishnu ou l’un des dieux veneres en Indonesie aurait egraine depuis le ciel comme une declaration d'amour a l'ocean. Les images du voyage defilent dans nos tetes au rythme de ce paysage que nous redecouvrons a l'envers, ile par ile. Pas besoin de vous mentir, on a eu du mal a trouver nos marques dans ce pays. Plus de 17.500 iles, alors quasiment au hasard on a choisi Bali l'hindoue, Lombok la musulmane et sur le tard, Flores la chretienne et sa voisine Komodo aux celebres dragons. On va pas vous la jouer ici tout est beau, parce qu'en fait on n'a pas tout aime, on a meme cru les premiers jours que la greffe ne prendrait pas. La peninsule Sud de Bali, sur-touristique et par trop betonnee sous l'ere Suarto ne donne a voir qu'un Bali artificiel difficile a decouvrir vraiment. On avait prevu d'y passer plusieurs jours de glande de niveau professionnel sous le falacieux pretexte de reposer le genou de Gros pouce, mais on n'a pas tenu et on a vite fuit vers le Nord.
Petit a petit, a l'approche d'Ubud, capitale culturelle de l'ile, on a senti le charme agir. Toujours trop de touristes et de produits de consommation, mais une ville charmante, des logements incroyables en pleine riziere, des spectacles de danse ennivrants, des theatres de marionnettes en ombre chinoise chiants comme la pluie mais d'une profonde beaute et tout simplement une douce serenite qui monte progressivement et vous enveloppe au rythme des musiques balinaises. Il en va de cette ile comme des bons crus, il faut les laisser s'ouvrir pour les apprecier pleinement. Comme souvent, c'est de nuit que les plus beaux reves vous surprennent et nos plus belles surprises en Indonesie furent toutes nocturnes, alors c'est celles-la que nous allons vous raconter.

Nuit 1 :



L'ascension du Mont Batur est de loin la plus facile de Bali, mais ce volcan de 1700 m de haut permet d’embrasser presque toute l’ile du regard, notamment son concurrent le Mont Agung a plus de 3.000 m et le lac Batur qui siege a son pied. Au pied du volcan, le guide local obligatoire nous associe a un couple de californiens de 50 ans, Hans et Bianca. En entendant leurs noms on ne peut s’empecher de se demander si Bernard s’est mis en ménage avec Gretel... mais une fois passe ce premier moment de mauvais esprit si francais, on se doit de laisser sa chance au produit… et l’on n’est pas decu… Après 15 minutes sur les 2 petites heures que compte cette ascension, Bianca ote ses chaussures et decide de continuer nus-pieds. Nous marchons en pleines scories, ces petits morceaux de lave sechee si coupant et La Vish s’enquerit aupres de Hans de cette decision improbable. Celui-ci nous repond de ne pas nous inquieter: “Elle fait toujours ca a la maison”, on lui demande betement “vous avez de la moquette ?” et il confirme… 10 minutes plus tard, Bianca, les pieds en sang remet ses baskets pendant que Hans se casse la gueule a chaque pas dans ses tongs de merde. Nous finirons donc la montee seuls avec nos batons de marche et fort detendus de tant de connerie reunie. Mais le spectacle en vaut la peine, le lever de soleil sompteux embrase d’abord la mer de nuages avant de caresser le Mont Agung et d’illuminer le lac. La magie opere enfin, on se sent bien a Bali.

Nuit 2 : 



Apres avoir visite Amed puis Padangbai a l’Est de Bali, nous passons sur l’ile de Lombok avant d’attaquer un programme de reconstruction physique a l’horizontal sur les plages de Gili Air. 3 jours de paresse totale sur une plage de reve, il nous fallait bien ca pour nous remettre de l’ascension du Mont Batur. Et puis apres tout, pour visiter un chapelet d’iles on n'a rien invente de mieux que les croisieres, alors comme le genou de Gros Pouce nous interdit l’ascension du Mont Rinjani a Lombok, nous optons pour une croisiere de 4 jours vers Flores avec escale sur de multiples iles et notamment celle de Komodo et de ses celebres Varans ou dragons. Le bateau sur lequel nous voguons n’a rien d’un voilier de plaisance au pont de teck et aux elegantes voiles blanches tranchant sur l’azur du ciel. Il tient plutot du bateau de peche reconverti en convoyeur a touristes et ca tombe bien, puisque c’est exactement ce qu’il est. Nous sommes 16 a bord : 6 anglais de 20 ans venus trainer leur nonchalante elegance au bout du monde, 2 suisses de 25 ans discretes, sans doute par respect du devoir de reserve helvetique, et 2 hollandaise a la cuisse legere et au cerveau peu encombrant : on voyage mieux leger c’est connu. Et puis il y a l’equipage : un capt’aine quadra au charme apaisant, 2 matelots adorables et ‘Dullah, guide, cuistot, blagueur, drole, efficace, sympa, une perle. Enfin, il y a nous, 2 trentenaires que vous connaissez bien, avec devant nous une derniere semaine de voyage et une furieuse envie d’en profiter avant de clore cette annee de reve. Va comprendre comment la magie opere dans un groupe aussi heterogene, mais elle est bien la et les 148 bieres achetees au port de depart de Labuhan Lombok y sont peut-etre pour quelque chose. Le soir, allonges sur le pont, le bateau semble glisser sur une mer d’un noir profond dans laquelle le plancton luminescent fait de son mieux pour concurrencer les etoiles pendant que les volcans se detachent de l’horizon sous la double lumiere projetee du soleil couchant et de la lune naissante. En gros, derriere cette phrase pompeuse, on cherchait a vous dire que c’etait splendide et que la beaute des paysages met souvent d’accord les ames les plus differentes. 4 jours de reve a snorkler, randonner sur les iles, courrir après les Dragons et rire et manger tant que possible.

Nuit 3 :

L’ambiance etait si bonne que nous avons decide avec 4 des anglais de continuer la visite de Flores ensemble. Une voiture, un guide, un chauffeur et nous 6, le tout dans un 4x4 flambant vieux aux pneux aussi lisses qu'une peau de bebe. La voiture avance dans le noir, sans finesse, le conducteur en est depourvu, et sur le bord de la route on devine quelques fantomes de la nuit drapes de la tete au pied dans leur Sarong tubulaire rentrant vers leurs villages apres une longue journee de sueur dans les rizieres. Au bout d'un chemin chaotique, la voiture s'arrete enfin. Nous descendons dans le noir complet et petit a petit nos yeux s'habituent pour decouvrir un paysage de riziere tout simplement magique. La recolte vient de s'achever, en lieu et place du riz il ne reste donc dans ces elegantes terrasses qui decoupent la vallee que des centaines de marres d'eau comme autant de miroirs dont le seul devoir semble etre de refleter la lune et les etoiles pour donner a la nuit une ambiance de fete. Nous tatonnons du pied dans les rizieres en tentant de ne pas glisser, mais c'est sans espoir et assez rapidement nous finissons tous les pieds dedans avec de la boue jusqu'aux genoux recreant malgre nous une autre version d'Hollywood boulevard avec nos corps en maillots de bains en impression integrale au lieu des mains de Tom Cruise ou de Tom Hanks. 10 minutes de crises de rire plus tard, nous atteignons l'objectif. Une source d'eau chaude volcanique remplit une piscine naturelle de 10 metres de diametre, juste assez pour nous offrir a tous les 6 un spa de reve le corps dans l'eau, la tete dans les etoiles. De cette soiree memorable, il ne nous reste que cette photo floue, un short irrecuperable et des souvenirs pour la vie.

Nuit 4 :

Revers de la medaille, pour reussir ce programme, il nous a fallu accepter une derniere journee de route de 14 heures ereintantes pour rejoindre Labuhan banjo, d'ou nous prenons notre vol de retour a Bali. La encore, la nuit est bien entamee et vers minuit, en regardant par la fenetre, La Vish et Gros Pouce voient voler une masse noire qui masque les etoiles l'espace d'un instant... "Bordel de merde, mais c'est mon sac !!! We lost a bag we lost a bag, stop the fucking car !!! ". 20 minutes plus tard, frontale sur la tete, nous retrouvons le sac a dos de Gros Pouce prenant son bain dans le canal d'irrigation d'une riziere... Apres un an sans soucis, nous avons failli le perdre a 24H du retour, faut-il y voir un signe, voulait-il poursuivre le voyage sans nous... difficile a dire, en tout cas une chose est sure, tout est trempe et on va encore faire 24H d'avion fringues comme des pouilleux parfumes a la boue, la classe, on vous le dit, la classe !!!

Et voila, nous sommes a Kuta Beach a 10mn de l'aeroport de Bali, dans 5H nous decollons pour la France via le Japon, on sait c'est con comme parcours, mais ca nous laissera le temps d'apprecier la programmation pourrie de Japan Airlines, de manger notre poids en riz... et de penser aux milliers de sentiments qui nous submergent... joie de vous revoir, impatience de tout vous raconter et de vous ecouter, et melancolie aussi. Cette annee qui s'acheve nous a bouleverses et peut-etre un peu changes aussi, en mieux on l'espere, mais tout ca fera l'objet d'un prochain article dans quelques jours, on a besoin de digerer un peu tout ca.  En tout cas, une chose est sure, on est bigrement contents de vous revoir, il y aura des larmes et des rires c'est sur, mais preparez-vous, on arrive !!!





   

- Par Carine Vinesse et Tanguy Moillard
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Mercredi 9 juillet 2008




Il s'appelle Anton et il a 22 ans. Il est marchand de bracelets en noix de coco sur la plage de Sengigi a Lombok et chaque jour il fait le trajet depuis Mataram ou il habite avec son frere en mobylette. Lorsqu'il sourit on decouvre vite les dents du bonheur, assez de place pour y passer un doigt. Depuis 2 jours, on le croise de plage en plage, au milieu de dizaines d'autres vendeurs au double-prenom : un catholique pour les touristes facon Jo, Johnny et autre Antoine et un 2eme, avoue quelques minutes plus tard si la conversation se prolonge, souvent Mohammed ou Hassan, Lombok est une ile musulmane on l'oublie trop souvent. Ses collegues de travail auront tente un bon millier de fois de nous vendre des lunettes Ray bun ou Gucco, des DVD plus pirates que Pirates des Caraibes, des masques, des montres Chanul, des ouvres-bouteilles en forme de penis d'une rare delicatesse, ou quelques sarongs taille unique pour emballer au choix un corps de touriste ou une voiture volee.

Comme tous ses amis, il aime la mer et le surf. La plage nous dit-il, c'est son ecole. Ses professeurs d'anglais ? Les touristes qu'il harcele quotidiennement ou avec lesquels il sympatise selon son humeur du jour. Nous, il nous aime bien. On lui a souri la premiere fois et on lui a dit Teri Makasi, merci en indonesien ce qui a suffi a nous elever au rang de touristes sympas. Alors chaque jour il essaye de nous vendre un truc, mais il se lasse avant nous pour bien vite parler d'autres choses. De la beaute de son ile, de la difficulte d'y vivre, d'y trouver un travail decent. Courir apres les touristes pour financer ne serait-ce que l'essence pour rentrer a la maison ou le repas du soir. Quand il n'y a pas assez de clients ? Il dort sur la plage, ou dans les echoppes des collegues qui ont la chance d'en avoir une au marche artisanal. Le paradis aussi a ses gardiens de plage semble-t-il et si Aznavour chantait qu'on est moins malheureux au soleil, on n'en est pas pour autant heureux. Alors ils y vont tous de leur technique, harcelement, faux pleurs... tout a l'heure, ils etaient 5 autour de nous et l'un d'eux nous expliquait qu'il n'avait pas gagne assez pour payer son retour, les autres ont alors explose de rire en lui demandant s'il allait bientot nous faire pleurer en nous parlant de son pere et de sa mere  disparues. Il a eclate de rire a son tour et pourtant il n'avait pas besoin, tombe d'un cocotier tout jeune comme Keith Richards tout vieux, il a eu moins de chance et vit depuis avec la moitie des muscles atrophies. Qu'importe, ils en bavent tous mais ils ne perdront leur joie de vivre a aucun prix. Derriere ses vendeurs aussi emmerdants soient-ils, on a pris une fois encore une belle lecon de vie, c'est peut-etre ca le paradis des iles.

 

- Par Carine Vinesse et Tanguy Moillard
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On vous l'avait dit, pour finir a Bali,
c'est promis, on s'offre du luxe !

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