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Mercredi 14 mai 2008

Dans le bus, ou plutot la camionnette bachee qui nous ramene de Nong Kiaw a Luang Prabang, nous avons 3H pour vivre ce que certains jeunes voyageurs frais appelleront une veritable experience de vie et de rencontre avec la population locale. Et c'est sans doute vrai... quoiqu'un peu naif peut-etre... disons qu'a partir de 17 personnes a l'arriere d'un pick-up assis sur des bancs de penitents sous une bache en plastique par un soleil de 40 degres, meme les laotiens tombent comme des mouches, alors nous qualifierons les echanges de limites. La tete de l'un de nos voisins sur l'epaule et nos pieds sous les fesses d'un autre, nos esprits divaguent alors et revivent interieurement les quelques semaines qui se sont ecoulees depuis la Thailande (d'ailleurs a ce propos, on vous avait promis une petite photo de nos compagnons de route, la voici dans notre moyen de transport prefere, le fameux tuk tuk thailandais).



La Thailande nous a laisse l'impression d'un pays plein de joie, mais nous avions le sentiment de ne l'avoir qu'effleure tant les prestations touristiques tendent a vous
eloigner du vrai pays. Meme les photos officielles du roi le representent toujours avec un appareil photo autour du cou, comme un touriste en son propre pays. Que les ethnies du Nord se modernisent petit a petit et aient envie de toits de tole plutot que de chaume pour affronter la mousson, cela n'a rien de choquant. Mais que le guide qui vous emmene les decouvrir se sente oblige de chanter Tata yoyo toutes les 5mn ou de faire la sieste toutes les heures pour compenser son manque total de culture locale, c'est moins excusable.
Alors a l'entree du Laos, on a eu envie de tout changer. Au lieu de filer vers le Sud via le Mekong et un parcours touristique comme prevu, on s'est
offert 2 jours non-stop de bus direction Phongsaly et les montagnes du Nord, loin de tout et de tous, si tant est que ce soit encore possible aujourd'hui. L'objectif etant de decouvrir des sentiers un peu moins battus pour retrouver un peu de naturel et le vrai sens du voyage, a savoir la decouverte.

Phongsaly est a la hauteur de nos attentes : un veritable trou paume. Pour vous decrire un peu l'impression que l'on a en debarquant a Phongsaly, 5 jours apres nous, on a
vu debarque une jeune israelienne du bus du soir. Il pleuvait, il faisait nuit et nous etions 4 francais avec nos amis Rennais Flavien et Alaric rencontres sur place. La jeune fille s'est approchee de nous et s'est mise a chialer comme une madeleine en nous demandant " Mais c'est quoi ce bled de merde y'a rien a foutre ici ?", ce qui nous a conforte dans le fait que nous avions fait le bon choix. Situee tout au Nord, proche de la frontiere chinoise et de la riviere Nam Ou, un affluent majeur du Mekong, Phongsaly est une sorte de sous-prefecture de montagne. Ici on est soit paysan, soit commercant chinois et on attend peu de choses de la mondialisation, les seuls dieux sont le bambou, le riz, le the et un peu bouddha aussi. Au bout de 2 jours d'errance assez intense entre les 2 epiceries et la petite annexe locale de l'office de tourisme fermee pour cause de 1er mai ou de jour de foot selon, nous parvenons enfin a trouver un guide de monatgne pour partir visiter la foret et les etnies locales. Motives pour marcher 10 jours, on nous dit qu'au-dela de 3 jours vue la chaleur il faudrait etre debiles, nous rangeons donc nos ambitions d'Into the wild dans nos sacs et signons pour 3 jours avec nos 2 Rennais fraichement rencontres. Stephan, un allemand de l'ONU vient d'arriver en mission pour 2 ans dans le village, il en profite pour nous briefer un peu sur l'ambiance. Il semble deja revenu de tout et ses 2 1ers conseils sont : "ici ne donnez jamais d'argent a un homme des tribus, sinon ce sera investi dans l'alcool ou le tabac immediatement et surtout profitez de la foret, dans quelques annees elle aura disparu." Evidemment ca calme, pour l'argent on n'est pas surpris, finalement ce n'est pas si different de la France... pour la foret, Stephan nous explique que les Chinois, Vietnamiens et Thailandais ayant deja coupe tous leurs tecks ils viennent voir les paysans laotiens habilles en hommes du gouvernement, leur propose d'acheter leur bois a bas prix, mais c'est deja une fortune pour eux et les persuadent qu'ils pourront ensuite cultiver du riz sur les zones deforestees alors que la terre est souvent trop pauvre pour cela. Resultat : deforestation, erosion, glissement de terrain.



S'ensuivent 3 jours de rando vraiment tops, paysages de montagnes vertes a l'infini, villages ethniques franchement preserves, les 1ers villageois nous saouleront a mort au
Lao Lao, meme si Flavien et Alaric disent que ce n'est qu'un petit apero, et les 2emes ne nous parleront pour ainsi dire pas... une chose est claire ils ne sont pas encore pollues par le tourisme. Il faut dire que ca se merite une rando ici : chaleur etouffante, humidite maximale, chemins bien boueux, sangsues bien sucantes... tout ce qu'il faut pour se sentir au bout du monde !!! Et puis chaque soir un vrai moment de communion avec la nature : la douche. Chaque village possede une fontaine a l'eau de laquelle tous les paysans viennent se laver vers 17h apres les travaux des champs. On leur laisse evidemment la priorite et une fois que c'est desert, on vient se doucher a notre tour. On commence a se deshabiller, seul face a la montagne dans un moment de paix intense, puis on se retourne pour faire face a la fontaine... et aux 28 gosses du village + quelques adultes qui par hasard sont tous venus rau meme moment s'ils n'avaient pas oublie leur savon sous la douche... et la on comprend pourquoi tout le monde prend sa douche en slip ici... peu importe, ce qui les interessent aujourd'hui ce sont la peau blanche de Carine, les gros mollets poilus de gros pouce, les cheveux blond venitien d'Alaric et plus encore les cheveux longs crepus de Flavien qui font de lui un androgyne.



Que du bonheur donc et pas mal de crises de rire dans les montagnes laotiennes, nous voici recharges pour continuer le voyage qui est tout a l'avenant. Pour quitter
Phongsaly et filer au Sud, nous prenons une pirogue-taxi pour descendre la riviere Nam Ou, les paysages sublimes sont proches de ceux de la baie d'Alang au Vietnam. Apres quelques heures, nous croisons Joachim sur la riviere, ce veto allemand de 40 ans a decide sur un coup de tete de descendre la riviere jusqu'au Cambodge sur un radeau en bambou fait main. Il nous a fait beaucoup rire lors du diner que nous avons passe avec lui il y a quelques jours, son projet completement bancal avait l'air injouable et ca nous fait d'autant plus plaisir de le voir sur la riviere, la perche a la main, avec sur le visage le sourire de ceux qui realisent leur reve et sa valise a roulette de 30 kilos ligotee a l'arriere de son radeau. 2 jours de descente pour rejoindre Nong Khiaw ou nous ne devions que passer, mais c'est si beau et si paisible que nous restons 2 jours dont 1 passe a apprendre la peche Laotienne avec Oum Pang notre prof du moment. Apres 6 heures de peche au lieu des 3 prevues, Oum Pang nous emmene dans un village pour deguster notre peche avec lui. Cela ne doit pas faire lourd puisque lorsque nous arrivons, un poulet prend un coup de bambou sur la tete et nous le retrouvons une heure plus tard dans l'assiette avec le poisson... evidemment on fete tout ca au Lao Lao, un alcool de riz proche de l'ethylene et on redescend la riviere passablement emeches, Oum Pang chantant beaucoup plus fort qu'a l'aller. Vous rigolez, vous rigolez, mais ce n'est pas si facile la peche laotienne, la preuve en image :


Nam Ou 4
envoyé par tanguyrama


Elle est bien douce la vie au Laos, vous l'aurez compris et meme Luang Prabang et Vientiane, forcement beaucoup plus touristiques, ont pourtant bien garde cette douceur

de vivre et puis de toute facon, avec les 12 croissants a la francaises avales ce matin dans les boulangeries de Vientiane, on pourrait tout pardonner a cette ville.
Voila, la route reprend demain pour Pakse, plus au sud et sans doute une autre rando. Le Laos est un pays porte-bonheur alors on vous en envoie un peu et du sourire avec
grace aux blagues fines et elegantes d'Alaric et Flavien : "Si les coqs n'ont pas de mains, c'est parce que les poules n'ont pas de seins." Une remarque profonde que nous vous laissons mediter.

La bise les amis et a bientot et c'est promis la prochaine fois sur les videos on enleve le haut !!  

 

publié dans : Laos par Carine Vinesse et Tanguy Moillard
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