Dans le Foker 50 a helices qui ramene La Vish et Gros pouce a Denpasar, nous survolons les iles indonesiennes les unes apres les autres, comme autant de perles de beaute qu'Allah, Vishnu ou
l’un des dieux veneres en Indonesie aurait egraine depuis le ciel comme une declaration d'amour a l'ocean. Les images du voyage defilent dans nos tetes au rythme de ce paysage que nous
redecouvrons a l'envers, ile par ile. Pas besoin de vous mentir, on a eu du mal a trouver nos marques dans ce pays. Plus de 17.500 iles, alors quasiment au hasard on a choisi Bali l'hindoue,
Lombok la musulmane et sur le tard, Flores la chretienne et sa voisine Komodo aux celebres dragons. On va pas vous la jouer ici tout est beau, parce qu'en fait on n'a pas tout aime, on a meme cru
les premiers jours que la greffe ne prendrait pas. La peninsule Sud de Bali, sur-touristique et par trop betonnee sous l'ere Suarto ne donne a voir qu'un Bali artificiel difficile a decouvrir
vraiment. On avait prevu d'y passer plusieurs jours de glande de niveau professionnel sous le falacieux pretexte de reposer le genou de Gros pouce, mais on n'a pas tenu et on a vite fuit vers le
Nord.
Petit a petit, a l'approche d'Ubud, capitale culturelle de l'ile, on a senti le charme agir. Toujours trop de touristes et de produits de consommation, mais une ville charmante, des logements
incroyables en pleine riziere, des spectacles de danse ennivrants, des theatres de marionnettes en ombre chinoise chiants comme la pluie mais d'une profonde beaute et tout simplement une douce
serenite qui monte progressivement et vous enveloppe au rythme des musiques balinaises. Il en va de cette ile comme des bons crus, il faut les laisser s'ouvrir pour les apprecier pleinement.
Comme souvent, c'est de nuit que les plus beaux reves vous surprennent et nos plus belles surprises en Indonesie furent toutes nocturnes, alors c'est celles-la que nous allons vous raconter.
Nuit 1 :
L'ascension du Mont Batur est de loin la plus facile de Bali, mais ce volcan de 1700 m de haut permet d’embrasser presque toute l’ile du regard, notamment son concurrent le Mont Agung a plus de
3.000 m et le lac Batur qui siege a son pied. Au pied du volcan, le guide local obligatoire nous associe a un couple de californiens de 50 ans, Hans et Bianca. En entendant leurs noms on ne peut
s’empecher de se demander si Bernard s’est mis en ménage avec Gretel... mais une fois passe ce premier moment de mauvais esprit si francais, on se doit de laisser sa chance au produit… et l’on
n’est pas decu… Après 15 minutes sur les 2 petites heures que compte cette ascension, Bianca ote ses chaussures et decide de continuer nus-pieds. Nous marchons en pleines scories, ces petits
morceaux de lave sechee si coupant et La Vish s’enquerit aupres de Hans de cette decision improbable. Celui-ci nous repond de ne pas nous inquieter: “Elle fait toujours ca a la maison”, on lui
demande betement “vous avez de la moquette ?” et il confirme… 10 minutes plus tard, Bianca, les pieds en sang remet ses baskets pendant que Hans se casse la gueule a chaque pas dans ses tongs de
merde. Nous finirons donc la montee seuls avec nos batons de marche et fort detendus de tant de connerie reunie. Mais le spectacle en vaut la peine, le lever de soleil sompteux embrase d’abord la
mer de nuages avant de caresser le Mont Agung et d’illuminer le lac. La magie opere enfin, on se sent bien a Bali.
Nuit 2 :
Apres avoir visite Amed puis Padangbai a l’Est de Bali, nous passons sur l’ile de Lombok avant d’attaquer un programme de reconstruction physique a l’horizontal sur les plages de Gili Air. 3
jours de paresse totale sur une plage de reve, il nous fallait bien ca pour nous remettre de l’ascension du Mont Batur. Et puis apres tout, pour visiter un chapelet d’iles on n'a rien invente de
mieux que les croisieres, alors comme le genou de Gros Pouce nous interdit l’ascension du Mont Rinjani a Lombok, nous optons pour une croisiere de 4 jours vers Flores avec escale sur de multiples
iles et notamment celle de Komodo et de ses celebres Varans ou dragons. Le bateau sur lequel nous voguons n’a rien d’un voilier de plaisance au pont de teck et aux elegantes voiles blanches
tranchant sur l’azur du ciel. Il tient plutot du bateau de peche reconverti en convoyeur a touristes et ca tombe bien, puisque c’est exactement ce qu’il est. Nous sommes 16 a bord : 6 anglais de
20 ans venus trainer leur nonchalante elegance au bout du monde, 2 suisses de 25 ans discretes, sans doute par respect du devoir de reserve helvetique, et 2 hollandaise a la cuisse legere et au
cerveau peu encombrant : on voyage mieux leger c’est connu. Et puis il y a l’equipage : un capt’aine quadra au charme apaisant, 2 matelots adorables et ‘Dullah, guide, cuistot, blagueur, drole,
efficace, sympa, une perle. Enfin, il y a nous, 2 trentenaires que vous connaissez bien, avec devant nous une derniere semaine de voyage et une furieuse envie d’en profiter avant de clore cette
annee de reve. Va comprendre comment la magie opere dans un groupe aussi heterogene, mais elle est bien la et les 148 bieres achetees au port de depart de Labuhan Lombok y sont peut-etre pour
quelque chose. Le soir, allonges sur le pont, le bateau semble glisser sur une mer d’un noir profond dans laquelle le plancton luminescent fait de son mieux pour concurrencer les etoiles
pendant que les volcans se detachent de l’horizon sous la double lumiere projetee du soleil couchant et de la lune naissante. En gros, derriere cette phrase pompeuse, on cherchait a vous dire que
c’etait splendide et que la beaute des paysages met souvent d’accord les ames les plus differentes. 4 jours de reve a snorkler, randonner sur les iles, courrir après les Dragons et rire et manger
tant que possible.
Nuit 3 :
L’ambiance etait si bonne que nous avons decide avec 4 des anglais de continuer la visite
de Flores ensemble. Une voiture, un guide, un chauffeur et nous 6, le tout dans un 4x4 flambant vieux aux pneux aussi lisses qu'une peau de bebe. La voiture avance dans le noir, sans finesse, le
conducteur en est depourvu, et sur le bord de la route on devine quelques fantomes de la nuit drapes de la tete au pied dans leur Sarong tubulaire rentrant vers leurs villages apres une longue
journee de sueur dans les rizieres. Au bout d'un chemin chaotique, la voiture s'arrete enfin. Nous descendons dans le noir complet et petit a petit nos yeux s'habituent pour decouvrir un paysage
de riziere tout simplement magique. La recolte vient de s'achever, en lieu et place du riz il ne reste donc dans ces elegantes terrasses qui decoupent la vallee que des centaines de marres
d'eau comme autant de miroirs dont le seul devoir semble etre de refleter la lune et les etoiles pour donner a la nuit une ambiance de fete. Nous tatonnons du pied dans les rizieres en
tentant de ne pas glisser, mais c'est sans espoir et assez rapidement nous finissons tous les pieds dedans avec de la boue jusqu'aux genoux recreant malgre nous une autre version
d'Hollywood boulevard avec nos corps en maillots de bains en impression integrale au lieu des mains de Tom Cruise ou de Tom Hanks. 10 minutes de crises de rire plus tard, nous
atteignons l'objectif. Une source d'eau chaude volcanique remplit une piscine naturelle de 10 metres de diametre, juste assez pour nous offrir a tous les 6 un spa de reve le corps dans
l'eau, la tete dans les etoiles. De cette soiree memorable, il ne nous reste que cette photo floue, un short irrecuperable et des souvenirs pour la vie.
Nuit 4 :
Revers de la medaille, pour reussir ce programme, il nous a fallu accepter une derniere journee de route de 14 heures ereintantes pour rejoindre Labuhan banjo, d'ou nous prenons notre
vol de retour a Bali. La encore, la nuit est bien entamee et vers minuit, en regardant par la fenetre, La Vish et Gros Pouce voient voler une masse noire qui masque les etoiles l'espace d'un
instant... "Bordel de merde, mais c'est mon sac !!! We lost a bag we lost a bag, stop the fucking car !!! ". 20 minutes plus tard, frontale sur la tete, nous retrouvons le sac a dos de Gros
Pouce prenant son bain dans le canal d'irrigation d'une riziere... Apres un an sans soucis, nous avons failli le perdre a 24H du retour, faut-il y voir un signe, voulait-il poursuivre le
voyage sans nous... difficile a dire, en tout cas une chose est sure, tout est trempe et on va encore faire 24H d'avion fringues comme des pouilleux parfumes a la boue, la classe, on vous le
dit, la classe !!!
Et voila, nous sommes a Kuta Beach a 10mn de l'aeroport de Bali, dans 5H nous decollons pour la France via le Japon, on sait c'est con comme parcours, mais ca nous laissera le temps d'apprecier
la programmation pourrie de Japan Airlines, de manger notre poids en riz... et de penser aux milliers de sentiments qui nous submergent... joie de vous revoir, impatience de tout vous raconter et
de vous ecouter, et melancolie aussi. Cette annee qui s'acheve nous a bouleverses et peut-etre un peu changes aussi, en mieux on l'espere, mais tout ca fera l'objet d'un prochain article
dans quelques jours, on a besoin de digerer un peu tout ca. En tout cas, une chose est sure, on est bigrement contents de vous revoir, il y aura des larmes et des rires c'est sur, mais
preparez-vous, on arrive !!!
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leur rythme de vie ne soit pas si eloigne du notre, ils abusent clairement moins des RTT et des vacances. Alors, chaque minute est bonne pour recuperer. Bus,
metro, bateau, musee, toilettes, resto, partout vous trouverez des gens endormis ou sur le point de l'etre. Et puis D comme les daims en liberte de la ville de Nara si amicaux...
Mais apres tout qu'est ce qu'on en sait de ce pays ? Voyons voir dans le desordre :
le pays du Soleil Levant, le dragon asiatique, sa frenesie de travail, la patrie de l'emploi a vie et de la performance economique, ses morts par epuisement au boulot, un respect teinte
de froideur, les cerisiers en fleur, Memoire d'une Geisha, les yakusas, les triades, quelques mangas lus ou vus au cinema ici et la, la musique de la pub Obao qui nous rend dingue depuis nos 6
ans et demi... quelques films de Takeshi Beat Kitano, un ou deux Kurasawa devant lesquels on s'est endormi en se promettant de les revoir, un polar historique de Mo Hayder nomme Tokyo, un
autre de David Peace nomme Tokyo year Zero, un passe glorieux, un debut de 20eme siecle catastrophique, Hiroshima, Nagazaki, des villes qui disparaissent de la carte pendant qu'un empereur
ex-dieu vivant se transforme en une sorte de reine d'Angleterre dechue, bon en synthese on ne sait que dalle, on vit sur un mythe depuis toujours. Alors 60 ans plus tard c'est quoi le Japon
?
Et puis vient le soir ou le week-end et la c'est le grand lachage creatif. La encore
des codes et des tribus, mais quel bonheur de croiser en 5 minutes dans le parc de Shibuya, 25 sosies d'Elvis, 18 Scarlett O'hara toutes de soie vetues, 12 princesses heritieres de
Marie-Antoinette aux joues enfarinees de poudre de riz et un grand fourre-tout de Punks, hardrockers, sexy nymphettes a mini-chienchien en mini-jupette (les chiens comme leurs
maitresses...), on en passe et des meilleures !!
Enfin, vous l'aurez compris, on est seduit et meme conquis, il nous faudra revenir
un jour c'est sur, pour sortir des grandes villes et partir decouvrir le Japon profond, mais pas si vite, il nous reste encore 4 jours et beaucoup de sushis a avaler avant que l'aventure ne
se termine. Bon allez d'ailleurs il faut qu'on y aille, on a repere un petit rade local bien branchouille au bord du canal et comme on ne comprend rien a la carte, si on veut manger pour 22H il
faut qu'on s'y colle des maintenant !
Quelques heures de
bus en plus nous mènent à Paksé. Le bus de nuit c’est chouette et reposant surtout quand dans le bus il y a des vrais lits. Le tout c’est de savoir avant de choisir, que la place du fond même si
c’est la plus large, n’est sans doute pas la plus intime, puisqu’il faut partager son lit avec 5 personnes. Après 9h d’un ronflement inconnu dans l’oreille et après avoir écrasé 4 fois notre
voisin pour nous rendre aux commoditées, nous atteignons donc Paksé et son charme très intérieur… mais c’est le point de départ d’une tournée en mobylette chinoise incroyable sur le plateau des
Bolovens. Piste rouge en boue fraîche pour tester nos compétences de pilotage et notre équilibre, eh oui la mousson commence à s’entraîner un peu chaque nuit…, des plantations de thé, de café,
des cascades au kilo, du Lao Lao à la paille avec les locaux, des petites huttes à 2€ pour des nuits romantiques au doux chant des geckos… des vaches… des coqs… des chiens… enfin la solitude
quoi !
Le rapatriement en
business et lounge Air France avec champagne à gogo, foie gras et tout le toutim, enfin surtout pour Gros pouce vu que La Vish en tant qu’accompagnante est en éco (faut pas déconner non plus qui
c’est qui souffre ici ? Aïe… je peux ravoir un peu de foie gras s’il vous plaît madame l’hôtesse ?), tout ça est à des années lumières de notre quotidien. Arrivés en France, tout se
passe très vite, en à peine plus d’une semaine, examen, opération bénigne mais indispensable qui aura au moins permis aux infirmières d'exploser de rire en voyant le bronzage de Gros
Pouce et convalescence sont bouclées. Une semaine de repos en banlieue à voir nos familles et à nous injecter des rôtis de bœuf en perfusion nous remet d’aplomb pour repartir de plus belle
vers le Japon.

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